Quelques conseils pour commencer
Chère amie,
Voilà déjà un mois que tu t’es lancée dans cette aventure de l’oraison hebdomadaire (ou peut-être moins pour vous qui rejoignez ce parcours en cours de route). En poursuivant notre chemin appuyé sur la Parole de Dieu, suivant le rythme que nous propose la liturgie de la messe de semaine, je te propose de lire aujourd’hui le chapitre 24 du 2ème livre de Samuel.
Autant le dire tout de suite : c’est un texte difficile, qui nous dérange, chrétiens du 21ème siècle, parce que l’image de Dieu qui s’en dégage ne cadre pas avec nos images de Dieu. C’est plutôt une bonne chose… il faut nous laisser dérouter par Dieu.
Nous allons aborder avec ce texte un aspect du combat spirituel et du péché.
Avant cela, reprenons les mêmes conseils que toujours. Choisis un temps donné, peut-être que désormais tu peux t’accorder une vraie bonne demi-heure pour l’oraison. Tu as eu le temps d’essayer différents lieux, différentes postures pour être au calme, chez toi ou à l’église, dans ta chambre ou dans ta voiture.
Ne pense pas que tu puisses négliger ces conseils basiques : ils sont à reprendre souvent… Entrer dans l’oraison sans s’y préparer, c’est comme plonger dans la mer sans avoir habitué ton corps à la température ! Tu risques l’hydrocution. Ou plutôt tu risques de passer à côté de ton oraison. Prépare la au contraire comme on prépare un rendez-vous amoureux, ou comme tu prépares un dîner pour des amis. Prends le temps d’organiser les choses et les lieux pour être disponible pour Dieu.
OUVERTURE
Allume une bougie, pose une icône, repère le passage de la bible, mets ton téléphone en mode « ne pas déranger ». Pose aussi ton corps, respire lentement, trace un grand signe de croix, prosterne toi lentement pour adorer Dieu qui vient à ta rencontre.
Seigneur, je veux vivre ce temps sous ton regard. Je t'offre ce moment de cœur à cœur. Envoie sur moi ton Esprit Saint. Viens en moi Esprit de sainteté, guide mes pensées, mon imagination, ma mémoire, ma volonté… pour que tout mon être soit orienté vers cette rencontre d’amour.
Je crois, Seigneur, que tu veux me parler à travers ce texte biblique… même si je ne comprends pas tout, même si des choses me choquent… donne moi de te contempler et de t’aimer davantage.
Prends le temps d’imaginer Dieu (si ce mot peut avoir du sens), pour prendre conscience (avec tout ce que tu es) que tu es en sa présence.
Puis lis.
Contenu de la méditation
Lis tranquillement le chapitre 24 du 2ème livre de Samuel. Lis le 2 ou 3 fois pour bien prendre la mesure de cette histoire déroutante.
Et ensuite, réfléchis, médite cette histoire.
N’oublie pas que dans l’oraison tout est prétexte pour aller à Dieu. Si Dieu te saisit en esprit, laisse toi saisir et aimer. Rends lui amour pour amour.
a) Quel est le péché de David ?
On ne comprend pas très bien ce qui lui est reproché. On le comprend d’autant moins que nous sommes dans un siècle habitué à tout compter. Les chiffres ont une place permanente dans notre monde numérique. Dès la naissance on attribue à l’enfant à un numéro de sécurité sociale, on pèse l’enfant pour vérifier qu’il va bien, on mesure sa taille pour suivre sa croissance, on compte notre compte en banque…
Le péché de David c’est d’abord de ne pas avoir eu confiance en Dieu. S’il compte le peuple, c’est pour savoir de quelles ressources il dispose (combien d’hommes pour la guerre, combien de foyers imposables). Or David était un jeune berger joueur de flûte et un poète quand Dieu en a fait un général et un roi. C’est Dieu qui lui a tout donné… et lui voudrait être sûr de pouvoir conserver par lui-même, par ses propres forces, ce qui n’est que pur don de Dieu.
Le péché de David c’est ainsi de se comporter en propriétaire du don de Dieu. Il compte les hommes comme on compte des moutons. Et toi, dans ta vie… Toi qui as beaucoup reçu de Dieu. Fermes-tu la main sur ce que Dieu t’as donné ? Te comportes-tu en propriétaire de ce dont tu n’es que dépositaire ?
Prends le temps de regarder les immenses dons que Dieu t’a fait, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui. Prends le temps de les considérer sous l’angle de l’action de grâce.
Seigneur, je te bénis pour l’éducation que j’ai reçue, pour les enseignants, les professeurs, les éducateurs.
Seigneur, je te bénis pour les talents que tu m’as donnés.
Seigneur, je te bénis pour la famille que tu m’as donnée.
Seigneur, je te bénis pour le pays dans lequel tu m’as donné de naître et de grandir.
Seigneur, je te bénis pour les amis que tu m’as donnés.
Seigneur, je te bénis pour le travail que tu me donnes d’accomplir chaque jour.
Pardonne moi, Seigneur, de fermer si souvent mes mains et mon cœur sur ces dons reçus de toi.
Prends le temps de pleurer peut-être sur la façon dont tu as détourné à ton profit personnel les dons de Dieu.
Le péché de David, c’est aussi de réduire l’humain à des numéros. Lui, le poète, se comporte en précurseur de ceux qui, au siècle, ont tatoué des matricules sur des millions d’hommes voués à vivre et mourir comme du bétail.
Regarde le monde dans lequel Dieu t’a placée. Quel regard portes-tu sur ce monde ? Vois le regard que Dieu porte sur toi, ce regard plein d’amour, ce regard qui te fais être toi-même, être unique. Combien de fois au contraire tu places les gens dans ces cases, dans tes catégories… combien de fois, par facilité, par mépris peut-être, par peur aussi, as-tu réduis les gens à des étiquettes… Et parfois Dieu, qui ne manque pas d’humour, t’as fait devenir amie avec telle ou telle que tu aurais cataloguée un peu vite… et tu as perçu derrière l’étiquette ou le matricule la complexité et la beauté d’une personne humaine.
Seigneur, je te bénis pour ceux que tu as mis son mon chemin.
Seigneur, je t’aime toi qui a créé le monde dans sa diversité et chaque personne dans son unicité. Apprends moi à porter sur le monde et sur mes frères ce regard d’émerveillement qui est le tien.
Apprends moi Seigneur, dans ma vie quotidienne, dans mon travail et ma vie familiale, à m’émerveiller chaque jour, à voir les autres comme tu les vois.
Le péché de David c’est de se comporter en maître du peuple que Dieu l’avait envoyé servir.
A nouveau, prends conscience de tous ceux dont Dieu t’a confié la charge… dans ta famille, dans ton travail, dans ton réseau amical, dans tes engagements (à la paroisse ou ailleurs). Rends grâces à Dieu pour cette confiance qu’il te fait. Adore le pour cette confiance qu’il te fait. Et demande lui pardon pour toutes les fois où tu as détourné ce service à ton profit.
b) les conséquences du péché
Tu es choquée que tant d’innocents meurent dans cette histoire, à cause du péché de David. Cela heurte notre sens de la justice… et Dieu dira ailleurs dans l’Ancien Testament que chacun meurt pour ses péchés car c’est le coupable qui doit porter la responsabilité de ses actes.
Pourtant, à bien y regarder, ce passage décrit une réalité que nous connaissons bien. Tant d’innocents, aujourd’hui encore, meurent ou souffrent, du péché d’autrui. C’est d’ailleurs une façon fréquente de mesurer la qualité d’une action : si elle a fait du mal à autrui c’est qu’elle n’est pas bonne !
Dieu ne veut pas le mal. Dieu ne veut pas la souffrance. Mais Dieu, étonnamment, le permet. Ce récit nous redit pourtant que Dieu pose une limite au mal : Jérusalem ne sera pas frappée. Le mal s’arrêtera devant le champ d’Arauna.
Et toi dans ta vie… as-tu vu les conséquences du mal que tu as commis ? Ces fois où tu t’es moquée (oh pas méchamment !) de telle ou telle personne… as-tu eu conscience que cela pouvait les détruire… ou les pousser à se venger sur d’autres ? Ces fois où par paresse tu n’as pas assumé ta charge…
Prends le temps de pleurer sur le mal de ce monde dont nous sommes, les uns et les autres, complices. Il y a un rayonnement du mal, comme une catastrophe nucléaire qui irradie longtemps autour d’elle… avec des conséquences directes et des conséquences indirectes.
Nous n’aimons pas (à raison !) regarder le mal et ses conséquences. Ce passage du 2ème livre de Samuel nous contraint à ce travail de vérité. Regarde, David, le peuple que tu voulais dénombrer… regarde comme tu lui as fait du mal en te comportant en roi capricieux au lieu d’être serviteur confiant du dessein de Dieu !
Voir les conséquences du mal c'est se donner les moyens de ne pas recommencer... On fait cela avec les enfants, on les aide à comprendre les conséquences de leurs actions... Et nous, adultes, nous passons notre temps à minimiser les conséquences de nos propres actions!
Seigneur guéris moi de mon péché!
Seigneur, aide moi à comprendre la portée de mes actes.
Seigneur mets en moi une vraie horreur du mal!
c) confiance en Dieu
A deux reprises, David va manifester sa confiance en Dieu. Il préfère tomber dans la main de Dieu « car sa compassion est grande » et il va offrir un sacrifice à Dieu.
Face au mystère du mal, nous ne comprenons pas tout. Mais nous voulons continuer de faire confiance.
Seigneur, ta compassion est grande. Seigneur, tu es bon. Tu donnes ta vie pour nous sur la croix. Je veux continuer de croire en toi. Autour de moi peut-être que le monde s’écroule parfois, tant de personnes malades, d’autres qui meurent… des proches qui se déchirent et d’autres qui perdent leur travail. Seigneur, je veux continuer de croire en toi, les yeux fixés sur ta croix. Je préfère tomber en tes mains, même éprouvé et meurtri, que d’être loin de toi. Je veux continuer à t’offrir un sacrifice.
Remarque que David tient à offrir lui-même le sacrifice. Trop souvent nous restons extérieurs à la prière. Bien sûr qu’il faut prier pour les autres et si tu es dans la position d’Arauna il faut te proposer de prier pour les autres. Mais Dieu attend de David qu’il s’engage personnellement, au cœur de son épreuve et de sa souffrance, dans un acte de confiance.
Pourquoi Dieu a-t-il incité David à pécher ? La question continue de nous habiter, parvenus au terme de cette oraison. Sans doute que pour l’auteur biblique c’est une façon de dire que Dieu garde la maîtrise de toute chose, même notre péché n’est pas au-dessus de Dieu. Pourquoi Dieu permet-il le mal ? Une réponse, qui excède notre oraison, se trouve dans la croissance de notre amour pour lui. De même qu’un enfant grandit et mûrit y compris par ses erreurs, de même David a grandit (et nous avec) par ce péché.
Parfois nous voudrions dire à Dieu : pourquoi m’as-tu créé libre ? Pourquoi as-tu permis que je fasse ces choix ? Pourquoi as-tu permis que je m’éloigne de toi ?
La réponse est toujours dans l’amour.
Seigneur, j’ai confiance en toi et je t’aime.
Conclusion de l’oraison
Voilà que nous avons fait un parcours étonnant, au cœur du mal. Il y en aura d’autres.
Fais mémoire des grâces reçues pendant cette oraison… des grâces de prière, de confiance, de conversion peut-être… une lumière ou une paix. Note-les simplement dans ton carnet ou sur ton téléphone, pour pouvoir y revenir dans ta semaine.
Et termine par une prière simple, peut-être tout simplement le Notre-Père pour te remettre avec confiance dans les mains de Dieu. Redis chacun de ces mots avec lenteur et profondeur.
Trace un dernier signe de croix pour t’envelopper dans son amour.
A la semaine prochaine.