Oraison guidée – 10ème semaine

Oraison guidée – 10ème semaine

Quelques conseils pour commencer

Cette semaine, nous méditerons à partir du chapitre 3 du livre de Daniel.

https://www.aelf.org/bible/Dn/3

C’est de ce chapitre qu’est extraite la 1ère lecture de la messe du mardi de cette semaine (3ème semaine de carême). Ce chapitre existe en 2 versions dans la Bible : la version grecque est beaucoup plus riche, c’est elle que je t’invite à prier. Tu la trouveras notamment dans la Traduction Liturgique de la Bible, ou sur le site AELF (ou encore dans la Bible de Jérusalem).

Invoque l’Esprit-Saint. Mendie la grâce de la prière.

Seigneur, me voici devant toi. Je t’offre ce temps de prière. Je veux me laisser transformer par toi… Je crois que tu veux transformer mon âme, fais ce qu’il te plaira. Inspire mes pensées, inspire mon imagination, inspire ma mémoire. Visite-moi, Seigneur, pour que tout mon être soit entièrement à toi et à toi seul. Je t’offre aussi Seigneur, mes distractions, tous ces moments où je vais m’éloigner de toi. Donne-moi de revenir à toi avec constance. Donne-moi de ne pas désespérer de ma difficulté à prier.

Contenu de la méditation

Un mot sur le contexte : les 3 jeunes gens dont il est ici question (Ananias, Azarias et Misael) sont les compagnons de Daniel (connus aussi sous les pseudos de Sidrac, Misac et Abdénago… comme quoi les pseudos, c’est une pratique ancienne !) Ils ont été formés à l’école des hauts fonctionnaires du roi de Babylone, Nabuchodonosor. Et jusque-là tout va bien pour eux. Daniel (pseudo Beltassar) a brillé devant Nabuchodonosor en interprétant un songe pour le roi. Les jeunes gens ont réussi jusque là à faire coïncider leur foi juive et leur métier d’énarques babyloniens. Dieu est avec eux dans leurs études et leurs premiers pas sont prometteurs. Mais voilà que Nabuchodonosor s’est mis en tête de faire une statue immense en or (trente mètres de haut, rien que cela !) et de lancer un son & lumière pour sa statue, avec même de la cornemuse ! Ordre est donné à chacun d’entrer dans cette chorégraphie en adorant la statue… ce que les Juifs ne peuvent évidemment faire.

Lis le texte. Tu reconnaîtras peut-être des passages déjà entendus dans la liturgie, notamment les 2 « cantiques » AT 39 et AT40 qu’on appelle « cantique d’Azarias » et « cantique des 3 enfants ».

Cas de conscience

La situation des 3 jeunes énarques est celle d’un cas de conscience, comme tous nous en rencontrons à un moment dans notre vie. Dois-je sacrifier ma carrière à la Loi de Dieu ? Puis-je aller contre ma conscience ou dois-je risquer de perdre gros (ma vie, ma famille, mes biens, ma réputation, etc.) ?

Prends le temps d’entrer dans les sentiments de ces jeunes gens à qui tout a réussi, alors qu’ils sont en exil, que leur pays à été anéanti… Ils ont fait le choix d’être fidèles à Dieu, dans un monde qui lui est hostile. Ne pourraient-ils pas faire un compromis ? Faire profil bas ?

Aujourd’hui, on les qualifierait vite de fanatiques… ils auraient mieux fait de se prosterner devant l’idole… tout le monde le fait, pourquoi pas eux ?

Mais ils refusent de sacrifier leur conscience.

Un choix pas facile à poser sans doute.

Et toi ? Prends la mesure de tes lâchetés, de tes concessions… de toutes ces fois où tu as été complice du péché. Oh sans doute pas à te prosternant devant une statue en or… mais en cédant à telle mode, à tel plaisir facile, en n’osant pas te démarquer d’un groupe qui médisait de telle personne. Prends la mesure de toutes ces fois où tu n’as pas été très au clair avec ta conscience…

Accueille aussi dans ta prière, tous ceux qui sont rejetés au nom de leur foi. Ceux qui sont persécutés parce que chrétiens.

Prends aussi dans ta prière les fois où tu n’as pas pu être toi-même au travail, au nom de la laïcité… ou simplement par peur des réactions des collègues.

Haine et orgueil

Nabuchodonosor n’est pas un mauvais roi. Les premiers chapitres du livre de Daniel l’ont montré et la suite le montrera à nouveau. Au chapitre 2, Daniel lui dit même « C’est à toi le roi des rois que le Dieu du ciel a donné royauté, puissance, force et gloire […] la tête d’or c’est toi » (Dn 2, 37-38).

C’est un roi païen qui se comporte en roi païen. Ami des arts, il fait faire cette statue monumentale qui devait être en effet une très belle statue (si on en juge par exemple par les statues babyloniennes monumentales que l’on trouve au British Museum).

Là où le problème commence c’est qu’il adore sa statue. Ce n’est pas seulement parce qu’il est païen… c’est parce que c’est lui qui l’a faite (ou plutôt qui l’a faite faire). Il en est très fier… trop fier. La véritable idolâtrie de Nabuchodonosor ne vise pas une force spirituelle à laquelle il rendrait un culte (la Bible ne nous donne même pas le nom du dieu païen ici représenté) : elle vise l’œuvre de ses mains, sa création, son travail, son prestige, sa puissance.

Or Dieu lui a donné tout cela, comme le rappelle le chapitre précédent. Il s’approprie ce qui vient de Dieu. Il s’adore lui-même, comme s’il s’était fait lui-même… au lieu de se recevoir du Dieu du ciel et de la terre.

Et tout ce qui peut contrarier ses projets et son adoration de lui-même doit être éliminé. C’est aussi simple que cela. Et c’est une logique que l’on retrouvera dans toute l’histoire de l’humanité (pense par exemple à la mort de saint Jean-Baptiste qui a le malheur de contrarier les projets d’Hérodiade… et qui lui aussi a fait le choix de suivre sa conscience).

Contemple la fureur de celui dont les projets sont contrariés. Celui qui règne sur le pays le plus puissant du monde et qui n’apprécie pas que tout le monde ne lui obéisse pas. Puis prends conscience que tous nous sommes ainsi faits. Souviens toi de tes contrariétés lorsque d’autres ne partage pas tes vues. Comme il peut t’arriver de juger ou de critiquer… à défaut d’éliminer dans la fournaise.

Le plus souvent tes projets sont en vue du bien. Et donc ceux qui osent les contrarier s’opposent au bien… et donc en contrariant tes projets ils s’opposent presque au Bon Dieu lui-même ! Sauf que tu n’es pas le Bon Dieu. Et que parfois c’est le Bon Dieu lui-même qui s’oppose à tes projets… ou qui vient mettre un grain de sable dans ta belle organisation.

Seigneur, non pas ma volonté mais la tienne. Seigneur, sois béni pour toutes les fois où mes projets sont tombés à l’eau. Seigneur, viens bénir ceux qui me contrarient aujourd’hui.

Reconnais cette tentation de toute-puissance qui t’habite. Et demande à Dieu pardon pour tes colères, pour tes idoles, pour tes fermetures.

Louange dans l’épreuve

Ce qui est exemplaire dans cette histoire ce n’est pas seulement que ces 3 jeunes gens soient restés fidèles à leur conscience… ils ne sont pas les seuls dans l’histoire de l’humanité — loin s’en faut. Pour un peu on pourrait même les taxer de jusqu’au boutisme. Parfois c’est l’orgueil ou l’intransigeance qui tient lieu de fidélité… (ce n’est pas le cas ici évidemment).

En revanche, ce qui est marquant ici c’est leur prière, que rapporte la Bible grecque (c’est donc un ajout plus tardif, alors que le peuple juif a déjà été en but à de nombreuses persécutions, un texte qui rend sans doute compte de l’expérience de nombreux juifs en but à l’épreuve).

Ils rendent gloire à Dieu dans l’épreuve. Notre attitude spontanée dans l’épreuve, c’est de nous tourner vers Dieu pour demander son aide — et c’est une bonne chose ! Mais cela ne doit pas nous faire oublier que notre attitude légitime devant Dieu c’est la louange. « Il est juste et bon de te rendre gloire » disons nous à chaque messe.

Entre toi aussi dans la louange.

Oui Seigneur, tu es juste et bon.

Reprends les mots du cantique d’Azarias. « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, loué sois-tu, glorifié soit ton nom pour les siècles ! »

Azarias fait de sa confession une louange. Il reconnaît ses péchés et ceux de son peuple. Il aurait été en droit de s’en démarquer : après tout, il a essayé d’être fidèle à Dieu et c’est bien cette fidélité qui lui vaut d’être jeté dans les flammes. Mais il se sait pécheur et il sait surtout que c’est lorsque l’homme se reconnaît pécheur que Dieu peut manifester sa gloire. « nos esprits humiliés, reçois les. Délivre nous en renouvelant tes merveilles : glorifie ton nom Seigneur. » La gloire de Dieu c’est la gratuité de son amour. La gloire de Dieu c’est d’aimer le pécheur… parce rien n’est plus gratuit que d’aimer quelqu’un qui ne le mérite pas !

Alors Azarias fait de sa confession une louange. Il reconnaît les péchés de son peuple et il assume d’être solidaire de son peuple qui a rejeté Dieu.

Nous aussi, nous sommes dans un monde qui a rejeté Dieu. Notre société, notre peuple, nos amis… notre Eglise parfois, a rejeté Dieu. Et toi aussi. Ne te mets pas en dehors du peuple des pécheurs… pour avoir la joie de contempler le salut de Dieu.

Oui Seigneur, nous sommes aujourd’hui un bien petit nombre, une Eglise bien fragile… ma foi est faible… trop souvent je cherche mon intérêt au lieu de ta gloire… Seigneur, je reconnais que tout au long du jour, je ne pense pas souvent à toi. Même quand j’agis selon ta volonté… je le fais trop souvent sans amour.

Seigneur, reçois nos esprits humiliés. Reçois ton Eglise, mon diocèse et mon évêque, ma paroisse et mon curé. Reçois ma famille. Reçois mon métier, mes collègues, ceux dont je m’occupe, ma mission. Accueille notre sacrifice en ce jour.

Seigneur, viens manifester ta gloire dans notre pauvreté. Révèle la grandeur de ta miséricorde en venant combler l’étendue de ma misère.

C’est à ce niveau-là que se situe l’examen de conscience et la confession que nous sommes invités à vivre tout au long de l’année (idéalement une fois par mois… sinon on oublie ses péchés) et plus particulièrement au cours du carême (je te recommande de te confesser 2 fois pendant le carême : au début et à la fin). La confession c’est un acte d’adoration de la gloire de Dieu : je reconnais la grandeur de ce Dieu qui m’aime au-delà de ma misère. Je ne cherche pas à me désolidariser du peuple des pécheurs, j’accueille la puissance de l’amour divin dans notre condition de pécheurs.

Puis la louange s’élargit. Passant du cœur brisé à l’ensemble de la création, les 3 jeunes gens font monter vers Dieu ce chant de louange qui nourrit depuis des siècles la liturgie de l’Eglise : toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur.

Fais tien ce chant de louange. Médite chacune de ces bénédictions. Lorsque tu évoques « montagnes et collines » pense à celles que tu connais. Lorsque tu évoques l’eau qui coule, les rivières, les sources, les fontaines, fixe ton attention sur celles qui sont près de chez toi. Associe aussi à cette bénédiction l’eau qui coule dans ta maison, en ouvrant le robinet. Sois dans l’action de grâce pour ce don de Dieu.

Personnalise ainsi ce chant à partir de ce qui t’entoure. Et tout au long de la semaine, reviens à cette grande bénédiction. S’il pleut, fais jaillir dans ton cœur ce cri « toi, la pluie, bénis le Seigneur… et toi soleil qui réchauffe mon cœur, bénis le Seigneur ! » S’il fait beau… fais de même ! Lorsque tu bois ton café, bénis le Seigneur. Lorsque tu allumes la lumière, bénis le Seigneur. Lorsque tu t’allonges dans ton lit, bénis le Seigneur.

Conclusion de l’oraison

Ce chapitre 3 du livre de Daniel nous est donné pendant ce temps du carême comme une anticipation de la résurrection. Il nous fait passer de l’épreuve, du combat intérieur comme à Gethsémani, jusqu’à la pleine liberté au cœur de la mort, par l’humble fidélité à Dieu et la louange.

Note ce qui a nourrit ton oraison.

Prévois une date pour te confesser sans tarder. Cherche un examen de conscience à faire chaque jour pendant le carême pour nourrir ta louange comme Azarias.

Termine cette oraison en bénissant Dieu.