Oraison guidée – 8ème semaine

Oraison guidée – 8ème semaine

Préambule pour ceux qui nous rejoignent

Bienvenue à vous qui rejoignez ce guide d’oraison à l’occasion du carême. Ne soyez pas surpris du ton : je m’adresse à vous en disant « tu » et au féminin… parce que les premières personnes qui m’ont demandé ce guide d’oraison sont des femmes… et que je me suis dit que c’était une façon d’inscrire ce guide d’oraison dans la lignée de l’Introduction à la vie dévote de saint François de Sales (petit livre dont je te recommande la lecture !)

Si tu découvre cette page, ça peut valoir le coup de relire les conseils donnés en introduction des 2 premières oraisons guidées.

Quelques conseils pour commencer

Nous voici arrivés dans un temps de persévérance. Au début, il y avait l’attrait de la nouveauté : tu te lançais dans l’aventure de l’oraison hebdomadaire… mais c’était il y a plusieurs semaines… et maintenant que le goût de la nouveauté est passé, il faut entrer dans une nouvelle étape… persévérer. Ca tombe bien, nous sommes dans le carême… le temps de la marche au désert, une marche qui se fait en faisant un pas après l’autre, tout simplement.

Tu vas être tentée d’abandonner l’oraison… de lâcher le rythme. Je t’encourage à tenir fidèlement, humblement, obstinément.

Continue de bloquer un temps dans ton agenda. Tu sais maintenant quel est le lieu qui t’aide le mieux à prier. Pose toi, en silence. Coupe le téléphone, prends ta bible, allume une bougie. Si tu es dans ta voiture… mets une image de bougie sur ton téléphone puis mets le en mode avion.

Quand tu n’as plus envie de prier, quand tu sens que ton âme se lasse de ces « exercices spirituels »… alors prie avec ton corps. Mets le à genoux, incline toi, prosterne toi. Joins les mains ou ouvre les. Enveloppe toi dans un grand signe de croix.

Oriente volontairement ton esprit, ton imagination, ta mémoire, vers Dieu. Consacre lui ce temps d’oraison.

Seigneur, je veux vivre ce temps sous ton regard. Je suis à toi, toute entière. Je te consacre mon imagination, mes pensées, ma mémoire, ma volonté, mon intelligence. Visite les par ton Esprit d’amour. Oriente tout mon être vers Toi. Car je crois que tu es bon, je crois que Tu es la bonté absolue. Je veux être saisie par Toi, entièrement.

Contenu de la méditation

Cette semaine, je te propose de méditer avec le chapitre 3 du livre de Jonas, que nous avons comme 1ère lecture pour la messe du mercredi de la 1ère semaine de carême.

Tu peux lire une ou deux fois ce chapitre (et éventuellement le chapitre précédent et suivant pour bien situer l’histoire dans son contexte). C’est l’histoire d’un nouveau départ pour Jonas, homme pieux, serviteur de Dieu… qui s’est bien planté la 1ère fois, en fuyant l’appel de Dieu.

1) La parole fut de nouveau adressée à Jonas

Voilà qui doit nous réconforter. Dieu n’a pas écarté Jonas après son échec et son péché. Non seulement Dieu lui a sauvé la vie dans la tempête, mais Dieu lui adresse à nouveau la parole. Dieu est fidèle.

Imagine le dialogue entre Dieu et Jonas. Qu’est-ce que Dieu lui dit ? « Je te fais à nouveau confiance. Vas-y lève toi ». Qu’est-ce que Jonas lui répond ?

Qu’est-ce que Dieu te dit à toi aussi ? Peut-être que toi aussi tu as besoin d’un nouveau départ. Peut-être pour tes résolutions de carême que tu as été tentée d’abandonner bien vite. Ou tes résolutions de début d’année (comme cette oraison hebdomadaire) ?

Peut-être est-ce dans ta vocation la plus profonde que tu as besoin d’être renouvelée ?

2) Dieu t’invite à te remettre en route.

Jonas est passé par la tempête, par la mort. Rappelle-toi ces moments de ta vie où tu as eu l’impression de tout perdre, ou tu as eu l’impression de mourir… ou tu as dû renoncer à toi-même, à tes rêves, à tes illusions. Epreuve conjugale, familiale ou professionnelle, nuit de la foi, maladie, incompréhension, révolte. Jonas a été jeté à la mer en pleine tempête, symbole de la mort. Un poisson (symbole du Christ pour les chrétiens) l’a repêché au cœur des abimes pour le rapporter 3 jours plus tard sur le rivage.

Rends grâces à Dieu pour ce chemin qu’il t’a fait faire. « si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car ton bâton me guide et me rassure » dit le Ps 22.

Tu as vécu des expériences fortes avec Dieu, comme Jonas. Mais Dieu ne t’appelle pas dans le passé. Il t’appelle à te lever, à te remettre en route. Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne.

3) Ninive, la grande ville païenne

Prends le temps d’imaginer la ville de Ninive. L’archéologie nous permet d’appréhender les grandes villes du Moyen-Orient ancien. Ninive ou Babylone sont des villes extraordinaires. Le livre de Jonas nous dit que la ville est immense : il faut trois jours pour la traverser (aujourd’hui on traverse Paris à pied en une seule journée). Il y a des maisons à plusieurs étages, une technologie impressionnante pour l’époque. Ce sont des villes connectées entre elles et reliées au reste du monde par des caravanes de marchands. Ce sont des villes sûres d’elles-mêmes, sûres de leur pouvoir, de leur prestige, de leur succès. Ce sont aussi des villes polythéistes, fondées sur l’esclavage et les inégalités, niant la dignité de la personne humaine où il ne fait pas bon être pauvre, malade ou âgé. Leur mode de vie est si mauvais, si plein de péché que Dieu veut anéantir Ninive nous dit le livre de Jonas.

Et pourtant, c’est là qu’il envoie Jonas, comme c’est là qu’il t’envoie. Dieu t’envoie dans le monde païen. Dieu a tant aimé le monde, nous dit saint Jean, qu’il a envoyé son Fils unique. Et il t’envoie non pas hors du monde, mais au milieu des païens.

Prends la mesure de ce décalage. Tu es appelée à être lumière dans la nuit, chrétienne au milieu des païens, à porter dans la prière un monde qui ne se sait pas aimé de Dieu.

Dieu ne s’est pas trompé, ni de siècle ni de lieu, en t’appelant à vivre ici et maintenant. Prends le temps de redescendre au fond de toi-même, pour y redire ton « oui » à Dieu.

Seigneur, j’ai confiance en Toi. Je crois en la puissance de ton amour. Je sais que tu m’aimes, malgré ma petitesse. Je sais que tu aimes ce monde, malgré son péché. Je te bénis pour ma vocation de chrétienne dans ce monde, sur mon lieu de travail, dans ma paroisse, dans ma famille, dans mes lieux d’engagements. Je te bénis et j’ai confiance en Toi.

4) Jonas la parcourut une journée à peine.

Jonas est découragé. Il ne se donne même pas la peine de faire en entier ce travail que Dieu lui a confié. Il n’en voit pas l’intérêt : de toute façon, ce ne sont que des païens qui vont être anéantis.

A quoi bon ? Le fameux péché de l’a-quoi-bonisme (qui renvoie à l’acédie)… La tâche est trop grande pour moi. J’ai essayé… mais je n’en peux plus. Je n’ai plus envie de me battre.

Porte dans ta prière, ceux qui doute de leur vocation… ceux qui ne veulent plus se battre pour sauver leur couple… ceux qui ne croient plus à leur vocation religieuse ou sacerdotale et qui veulent jeter l’éponge… les parents qui désespèrent devant leurs adolescents…

Porte dans ta prière ceux qui s’engagent dans les combats du monde… associatif, politique, économique, social, humanitaire… et qui parfois sont tentés de désespérer.

Porte dans ta prière ceux qui en viennent à douter de l’Eglise.

A quoi ça sert tout cela, murmure le tentateur, le serpent des origines. Voilà des siècles que Dieu envoie des saints et des prophètes… et pourtant le mal est toujours présent. Tu ferais mieux de te renfermer sur toi-même. Enfermée. Enfer.

Jonas est découragé, démoralisé… et il sera même en colère contre Dieu au chapitre suivant. Si touchant Jonas dans lequel il nous est facile de nous reconnaître.

Mon Dieu, je veux te faire confiance. Je t’offre le petit peu que je fais… je t’offre ma fatigue et mes doutes. Je t’offre les doutes de tes serviteurs, dans l’Eglise ou en dehors. Je t’offre mon ras-le-bol, ma misère, mon péché. Je t’offre toute ces fois où j’ai fait le strict minimum… et parfois moins. Je te prie, par ton Esprit d’amour, de me guérir de l’acédie qui me menace. Rallume en moi le feu de ton amour. J’ai confiance en Toi.

5) La réaction des païens

Etonnante réaction ! Jonas n’y croyait pas.

Comme tant de chrétiens aujourd’hui sont désarçonnés par l’arrivée des catéchumènes. Nous avons vécu si proche de la Parole de Dieu, nous l’avons vue à l’œuvre dans notre vie, nous savons qu’elle agissante et puissante. Dieu est venu nous repêcher, comme Jonas. Et pourtant nous peinons à admettre que cette Parole puisse toucher les cœurs des autres.

Emerveille toi devant cette Parole qui touche les cœurs les plus endurcis. Béni Dieu !

Offre-lui ton cœur, offre lui l’obéissance de ta volonté… en communion avec ceux qui hésite à accueillir la Parole. Que ton oui, dans ce temps d’oraison soutienne leur oui hésitant.

Emerveille toi devant la réaction des païens, qui vient provoquer la tienne. Toi aussi tu as bien des choses à convertir, de fausses images de Dieu. Demande à Dieu la grâce d’une conversion pour aujourd’hui.

Etonnante réaction des païens… jusque dans leur manière d’adorer Dieu, ils gardent sans doute leurs manières de faire païennes, ou maladroites, ou excessives… cette histoire de sac et de cendres… Mais Dieu accueille leur adoration comme acte d’amour.

Et toi… vas-tu comme Jonas mépriser ces pratiques des païens d’aujourd’hui qui cherchent Dieu ? Trop zélés dans leurs pratiques, excessifs peut-être, ayant besoin de mûrir à l’écoute de la Parole de Dieu. Mais profondément amoureux du Bon Dieu. Comme le vin nouveau qui fermente dans les outres neuves.

Seigneur, donne-moi d’accueillir avec joie, bonté et fraternité, dans une réelle communion, ceux qui ne prient pas comme moi, ceux qui me déroutent par leur manière de prier… ceux qui me dérangent dans Ton Eglise. Donne-moi assez d’humilité pour les accueillir sans les juger. Donne-moi un regard assez pénétrant pour m’émerveiller de l’amour avec lequel ils se tournent vers Toi.

6) Dieu ne change pas

Contrairement à ce que pensait Jonas, Dieu n’a pas renoncé à détruire Ninive : Dieu n’a jamais voulu détruire Ninive. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ! (Ez 18, 30-32)

Dieu est don, don d’amour infini.

Tu as été au contact de ce don d’amour, de ce cœur brûlant, pendant toute ton oraison.

Adore-le. Offre-toi à Lui.

Conclusion de l’oraison

Tu peux prier simplement le Notre Père, ou redire avec Ste Faustine « Jésus j’ai confiance en toi ».

Note les mouvements de ton cœur pendant cette oraison. Ce qui t’a nourri, ce qui t’a surpris, ce qui t’a aidé. Est-ce que tu as entendu des appels de Dieu sur tel ou tel point ?

A la semaine prochaine !